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Sauver les confitures Tigidou !

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE
Pour de nombreuses personnes, le code de conduite des épiceries reste un mystère. Essentiellement, le code donnera une meilleure chance aux petites entreprises comme la confiturerie Tigidou d’avoir accès à un plus grand marché. Plus de concurrence, plus de choix, et voilà, nous y gagnons tous.
Connaissez-vous des entreprises qui payent leurs clients pour faire des affaires avec elles ? Pourtant, le secteur agroalimentaire fonctionne de cette façon. Des géants comme PepsiCo, Mondelez et CocaCola, jusqu’aux entreprises locales comme Lassonde, se voient contraints de payer des frais importants aux grandes chaînes de supermarchés comme Loblaw-Provigo-Maxi, Sobeys-IGA et Metro pour y vendre leurs produits. Au Québec seulement, on compte 3000 entreprises de transformation qui exercent leurs activités sous ces contraintes, souvent à l’insu des consommateurs. Historiquement, le rapport de force a toujours favorisé les détaillants.
L’annonce récente que les géants américains de la vente au détail Walmart et Costco allaient adhérer au code de conduite des épiceries, aux côtés des colosses canadiens Loblaw, Sobeys et Metro, marque un tournant décisif dans l’évolution du secteur des épiceries au Canada.
Pour plusieurs, le code de conduite des épiceries reste un mystère. En substance, ce code vise à améliorer la concurrence sur le marché canadien en imposant plus de responsabilité et de transparence dans l’industrie alimentaire, ciblant notamment les pratiques qui se déroulaient traditionnellement dans les coulisses.
Sous ce nouveau régime, diverses pratiques, comme les frais exorbitants facturés aux fournisseurs par les détaillants, seront soumises à un examen et à une négociation plus équitable.
Plus concrètement, prenons l’exemple d’une petite entreprise, les confitures Tigidou à l’île d’Orléans, qui souhaiterait distribuer ses produits à travers la chaîne Loblaw-Provigo-Maxi. Par le passé, une telle option était inimaginable pour un petit producteur québécois.

Initialement, un épicier pouvait imposer des coûts de référencement et d’autres frais s’élevant à plus de 100 000 $ annuellement. Eh oui, avant même qu’un seul pot de confiture soit vendu, Loblaw-Provigo-Maxi exige des paiements.
Au fur et à mesure que le produit gagne en popularité, ces frais peuvent augmenter de façon importante, forçant le fournisseur à augmenter ses prix pour maintenir sa rentabilité. Ce cycle vicieux contribue à la volatilité des prix courants au détail et pénalise finalement les consommateurs. La mise en œuvre du code est destinée à atténuer ce genre de scénarios en régulant l’escalade des frais et en favorisant un environnement de tarification plus stable. À long terme, cela se traduit par un avantage pour tous.
De plus, le code promet un terrain de jeu plus équitable pour les épiciers indépendants, qui pourront négocier à des conditions mieux équilibrées. Même si des géants comme Loblaw et Walmart maintiendront une influence marquée sur le marché, leur comportement devrait devenir moins prédateur sous les nouvelles directives.
Le besoin pour l’industrie de redorer son image devient crucial, surtout à la suite de scandales comme celui de la fixation des prix du pain. Ces évènements ont gravement terni la perception publique des épiceries.
Des figures clés comme Michael Medline, PDG de Sobeys, ont joué des rôles pivots dans l’avancement du code. L’appel de Medline à plus de discipline et de respect au sein de l’industrie ainsi que le plaidoyer infatigable de Michael Graydon et de Sylvie Cloutier au nom des fabricants alimentaires canadiens ont considérablement façonné le discours et mobilisé le soutien parmi les décideurs politiques.
Les efforts de figures politiques – le ministre québécois de l’Agriculture, André Lamontagne, François-Philippe Champagne au fédéral et le Comité parlementaire de l’agriculture, présidé par le député Kody Blois – ont également été cruciaux pour positionner le code comme une stratégie essentielle afin de stimuler la concurrence et d’améliorer les relations avec les fournisseurs au Canada.
Avec la mise en œuvre du code, les fabricants de produits alimentaires et les épiciers indépendants gagneront une voix plus forte, conduisant à une plus grande diversité de produits pour les consommateurs. Une équation simple : un plus grand nombre de fournisseurs entraîne un plus grand choix sur les étagères. Autrement dit, des produits novateurs comme les confitures Tigidou auront une meilleure chance de survie avec le code.
Bien que sécuriser l’engagement des cinq grands détaillants constitue une réalisation louable, le véritable défi réside dans la garantie de la conformité et des résultats tangibles. Le scepticisme persistera probablement jusqu’à ce que les avantages de ces réformes puissent s’observer de première main – un sentiment à la fois compréhensible et justifié.



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